Jean-Michel Hérissé est l'homme-clé de notre parcours, celui qui, avec son équipe de greenkeepers, le bichonne tout au long de l'année, même en périodes hivernales quand le club se met en vacances. Dans les pays anglo-saxons, son titre est "Surintendent".
Dans cette page, il vous tient informés de ce qui se passe du 1 au 18, depuis l'annonce de certains travaux de maintenance aux éventuels aménagements décidés.
Il donne aussi de précieux conseils pour améliorer la contribution des membres et des visiteurs à l'état général des fairways, des bunkers ou des greens. Ne manquez pas de les suivre et de lui poser par e-mail les questions plus spécifiques auxquelles vous aimeriez avoir une bonne réponse.
LE REGARNISSAGE DES FAIRWAYS
Cette technique utilisée par de nombreux golfs (Genève, Bonmont) a pour objectif de renouveler et/ou de remplacer les espèces de gazon implantées sur les fairways.
Les fairways du DOMAINE IMPERIAL sont en agrostis stolonifère, ce type de gazon est utilisé dans les golfs les plus prestigieux car il présente un tapis ras et dense ainsi qu’un aspect visuel irréprochable.
QUELS INCONVENIENTS ET QUELLES CONTRAINTES ?
L’agrostis à la particularité de fabriquer beaucoup de stolons (petites tiges qui partent de la base de la plante), raison pour laquelle celle-ci est majoritairement utilisée sur les greens.
Pendant les premières années (2 à 3 ans), ce gazon ne pose pas de graves problèmes et on oublie souvent (surtout en Europe) de planifier et effectuer un entretien adapté (manque de moyens).
En effet, le gazon s’épaissit sans cesse et ce jusqu’à créer une couche de matière morte qui va s’accumuler au fil des années jusqu’à 10 cm d’épaisseur et plus (cas du DI).
Cette matière organique contient beaucoup de lignine qui se décompose très difficilement, de plus elle est hydrophobe (qui ne laisse pas passer l’eau).
Actuellement, tous les divots sont effectués dans cette zone très épaisse et accessoirement refuge aux maladies.
La situation de nos fairways est le résultat de plusieurs facteurs
Choix de l’espèce
L’architecte américain a pour habitude de créer de grand golf de renom où les budgets sont souvent considérables et le plus souvent en dehors de l’Europe.
Le DI a donc été créé sur ce standing :
Des greens qui doivent être tondus manuellement (la tonte avec des triplex est inadaptée et cause de nombreux problèmes),
Des faces de bunkers abrupts difficiles d’entretien et qui mobilisent toute l’équipe un jour par semaine et devraient être replaqués tous les 5 ans,
Des fairways en agrostis nécessitant :
2 aérations par an 18 000.- CHF
2 sablages par an (100 Tonnes/ha) 80 000.- CHF
1 scarification par mois
plusieurs traitements insecticides et fongicides.
1 verticut par mois (durée 5 jours).
Ce standard de prestige ‘’à l’américaine’’ nécessite en moyenne un jardinier par trou.
Je comprends qu’il soit pratiquement impossible de tenir de tels niveaux d’entretien en Suisse mais aussi dans beaucoup de pays Européens. Le coût des produits, des carburants, du matériel, et les lois sociales ne sont pas comparables.
POURQUOI REGARNIR
Tout d’abord pour installer une espèce mieux adaptée aux climats, une meilleure résistance aux maladies, un meilleur enracinement plus profond donc plus résistant à la sécheresse, et produisant moins de feutre.
TECHNIQUES
Deux fois par an, on effectue en mai et septembre une scarification suivie d’un sursemis à l’aide d’une regarnisseuse dont le modèle est fonction du gazon en place et du sol.
Le dosage est de 100 à 150 kg par ha et par passage.
Le budget semence est de 1 500 à 2 000 CHF par ha et par an (15 ha).
Cette opération est à effectuer chaque année si on veut obtenir de bons résultats et changer de façon homogène l’agrostis de nos fairways.
ATTENTION
Regarnir représente un travail long et onéreux, de plus il faut au minimum une semaine (voir plus) pour scarifier et regarnir et cela en période de compétition.
Il faut aussi savoir que la semence doit s’installer dans un autre gazon déjà bien installé et avec lequel celle-ci sera en concurrence. L’agrostis tend à étouffer la jeune pousse qui doit être régulièrement arrosée y compris en journée s’il fait très chaud.
Dans certains golfs, les fairways sont traités au glyphosate (roundup) afin de réussir le regarnissage, dans d’autres, on utilise des régulateurs de croissance (option que je propose).
CONCLUSION
Nous avons des fairways qui peuvent être améliorés. Hélas la saison golfique est bien remplie et il nous est difficile de faire des travaux sans nuisance pour les Membres du club, des bonnes conditions de travail sont aussi des bonnes conditions de jeu.
Le regarnissage seul ne va pas régler (à court terme) les problèmes de nos fairways.
C’est un ensemble de travaux qui doivent être faits, l’absence de ceux-ci depuis la création du DI a conduit à la situation que nous connaissons aujourd’hui.
L’accumulation du feutre depuis bientôt 20 ans a créé une couche noire de 10 cm d’épaisseur en cours de décomposition, celle-ci ne possède aucune structure (beurre noir). Le sol d’origine après la construction est du sable calcaire (ph. 9) les racines vivent dans la couche superficielle car ce sable est adapté au béton mais pas à la culture du gazon.
Si nous voulons conserver nos fairways vivants, nous devons dès qu’il fait chaud arroser régulièrement. La couche superficielle devient alors instable et molle, le gazon ne résiste pas à la sécheresse et meurt.
Dès que nous réduisons l’arrosage, des grandes zones sèches apparaissent. Cela n’aurait rien d’inquiétant si nos fairways étaient en ray- gras et que notre terre végétale ordinaire. Dans ce cas, à la première pluie tout redeviendrait vert très rapidement, ce qui est loin d’être notre cas. Les zones grillées en été ne repoussent pas et doivent être réparées.
Dès que nos fairways sont secs, l’agrostis perd une partie de son système racinaire, la plante ne se tient plus. Il nous devient alors impossible de faire les travaux de scarification sans voir apparaître des dégâts (le gazon s’arrache et se déplaque par grandes zones), pourtant ce travail est indispensable pour contrôler le feutre .
Ce qui est nécessaire est parfois contradictoire avec le jeu. En effet, nous avons constaté que les fairways portaient moins bien la balle et que surtout celle-ci avait tendance à s’enfoncer dans son pitch après une scarification. Ceci s’explique par le fait que la scarification enlève le premier centimètre de feutre avant que celui ci ne devienne de la matière organique (beurre noir).
Le manque de travaux mécaniques et de copieux sablages a conduit à la situation actuelle.
Les travaux de drainage et d’assainissement sont nécessaires et vont sans aucun doute améliorer la situation, cependant ils ne régleront pas tout et c’est un programme complet (aération, sablage, scarification, verticut, regarnissage….) qui sérieusement adapté et rigoureusement appliqué pendant plusieurs années, améliorera durablement la qualité de nos fairways .
Redresser et inverser le processus actuel demande une volonté et une réflexion globale de tous les responsables du golf et ce à tous les niveaux.
Mercredi 1er novembre 2006
Votre surintendant,
Jean Michel HERISSE |